Je vais sans doute froisser quelques convictions, mais je ne me reconnais plus dans la doxa des freelances et autres auto-entrepreneur. Je la subi. Bien sûr, je suis conscient qu’appartenant à une société néo-libérale, je dois en accepter les règles (savoir se vendre, être sa propre marque, être performant, être compétitif, être productif) bref toutes les bêtises de nos timelines Linkedin. Que voulez-vous ? Je dois aussi payer mes factures. Et accepter ça avec le sourire. Désolé de péter l’ambiance, mais ça ne me plait pas.

Pourquoi cette introduction pas sympa ? Simple. La société qu’on nous vend me sort par les yeux ! Être freelance est la solution que j’ai trouvé pour sortir de l’ambiance délétère du monde du salariat : des burnouts en cascade, de la violence des rapports sociaux et des petits boulots.

En réalité être freelance, c’est un moindre mal ; une solution par défaut pour récupérer la ressource la plus précieuse de n’importe quel humain : son temps. Pour ce qui est de cet aspect, pari gagné. Après quatre années d’indépendance, j’y suis arrivé non sans mal. La situation reste fragile. La crise du COVID l’a prouvé et nombre d’entre nous ne sont pas tiré d’affaire, loin de là.

Comme toujours, la société civile s’est adapté. Des organisations privées ce sont créés pour palier à des manques qui devraient normalement relèver du commun : les regroupements professionnels, l’organisations du travail et j’en passe. Tout ça, à coups de plateformes déshumanisés. Je ne vais pas les critiquer, mais avouez que comme horizon sociétal c’est pas ouf.

Pour parler de mon cas ; avec un peu plus de 1000 eur de chiffre d’affaire brut mensuel et des plateformes parfois privées pour accèder à la protection sociale, à la santé, à la justice, au logement ou à la formation, c’est assez utile mais est-ce vrai un progrès ? Je me le demande. En écrivant cette première partie je me suis rendu compte que cette vision est en grande partie dû à un problèmes de vocabulaire. J’ai été intoxiqué par la langue managériale qui pourri le langage courant. En perdant la bataille des mots nous risquons de perdre la batailles des idées dirait Alain Denault.

Depuis quelque temps je m’interroge sur ma sécheresse créative. Pourquoi, je n’arrive plus à me remettre en action. En voulant professionnaliser ma pratique de l’audio, je suis confronté à une opposition :

  • Trouver un modèle économique.
  • Créer pour le plaisir.

En évoquant ce 2e point, la réponse m’a sauté au visage. (Comme quoi écrire ses interrogations c’est bien, mais passons). Le constat est simple. Faire de belles choses ça prends du temps, et ce temps m’est volé. Je ne compte pas les heures perdus à faire des tâches inintéressantes sur des plateformes. (Et, je ne suis pas le plus à plaindre) : facturation, remplissage de calendrier, organisation de travail pour cause de “productivisme” et j’en oublie sûrement. Tout ce que je fabriquais était mu par une sorte de fuite avant : produire vite / communiquer / recommencer. Le crise COVID m’obligé (comme nous tous) à tirer sur le frein à main.

Cet article est le fruit de ce temps de recul imposé. Lorque j’ai voulu mettre des mots sur mes objectifs de vie et devenir auteur radiophonique à part entière ; mon premier réflexe a été de regarder ce qu’il y avait à ma disposition. J’ai commencé par répondre à un appel à projet. Résultat, rien. Cinq jours de réflexion et d’écriture pour aboutir à un machin pathétique. Croyez-moi, je ne suis pas fier. De surcroît, je me suis retrouvé en concurrence avec des centaines de créateurs pour un résultat nul.

Cela m’a conduit à prendre une décision radicale. Je ne repondrais plus jamais à des appels à projet, d’ailleurs je ne ferai plus jamais de projets tout court. Pourquoi ? Un projet est une saloperie qui sous entend toujours qu’on vise un certain résultat quantifiable ou monnayable, bref une finalité ou un attendu au-delà de l’objet lui même. Quand j’ai commencé à faire du son, je le faisait parce que çe me plaisait, c’est tout. Au fil du temps, mon désir et mon exigence individuelle ont fait le reste. J’ai appris seul, progressé (enfin je crois), investi du temps et un peu d’argent. J’étais heureux.

J’ai le sentiment que si j’engage un “projet”, je serai toujours déçu si ça ne marche pas. Logique. Alors que si je maintiens le “désir”. Je n’attendrai rien de particulier et ma seule perspective sera : on verra bien. Si j’ai du succès bah… je serai content ! Obtenir quelquechose (gloire, succès, argent) n’est pas mon objectif. Progresser, devenir meilleur est mon seul but.

Je ne sais pas si je suis clair. Je serai tenter de comparer ça à l’amour. Aujourd’hui, une femme sait parfaitement faire la différence quand vous avec un “projet” sur elle ou quand vous avez du “désir” pour elle. Croyez-moi, ça ne recoupe pas DU TOUT la même réalité, et la finalité (s’il y en a une 😁) sera sûrement très différente. Bref, comme en amour, je n’attends plus rien de mon “désir”, je me contente de le faire grandir. Et qui sais, peut-être rencontrera-t-il celles et ceux qui l’aimeront pour ce qu’il est.

Je suis Dimitri Régnier, producteur d’émotions. Je fais des podcasts, une newsletter et un blog. Si vous appréciez ce travail, merci de me soutenir. Les contributions, même modestes, sont une réelle motivation.

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