Si vous suivez mes travaux, vous avez peut-être remarqué que tout est à l’arrêt. Des idées de création audio, j’en ai pourtant des tas. Jusqu’ici, j’avais tendance à exploiter le plus vite possible le moindre début de concept, de peur qu’il ne m’échappe. J’ai procédé ainsi depuis mes toutes premières productions sonores. Pourquoi ? Parce que je manquais de temps. Pour l’essentiel, il était employé à ma propre survie. Impossible de le consacrer à autre chose. Ce tunnel a duré plus de 2 ans, avec de petites respirations. Si vous ajoutez à cela les affreux réseaux sociaux qui aspiraient mon attention et l’ambiance délétère des confinements successifs, ausssi angoissant que tétanisant ; vous obtenez une sorte d’inaction ou plus précisément, une sensation d’empêchement des plus tenace. J’ai eu beau clamer “même pas mal” à qui voulait l’entendre. Force est de constater que la réalité était bien différente. Une sortie le jour de la réouverture des terrasses donnera ce dernier épisode de saison. Mais, l’impression de trop d’humain ne m’a pas quittée pendant plusieurs semaines. Et puis plus rien…

Résultat, ma principale source d’inspiration, la rencontre des autres, a fini par se tarir. Alors, depuis quelques temps, je multiplie les occasions de croiser de nouvelles personnes (maintenant qu’on peut). D’abord individuellement, puis en groupe. Avec les congés d’été et la fin de mon activité d’enseignement, je respire. L’enfer de la productivité subi est derrière moi. Il est temps de me poser et de réfléchir. Ma vie numérique est optimisée. Mes réseaux sociaux sont programmés. Il faut profiter de ce ralentissement, car il est urgent de ne rien faire. Juste de vivre, sans culpabilité. Écrire, regarder l’existence autour moi.

Aujourd’hui j’ai envie d’autre chose. De mieux. De grand. D’ou le titre de ce billet. Exploiter la moindre petite idée, pour moi, ça ne fonctionne plus. D’abord parce qu’elle n’est pas forcément bonne. Ensuite, ça l’empêche de croître, de devenir meilleure. Je me suis souvenu de mes années d’entrepreneuriat qu’une idée, ça ne valait rien. Ce qui vaut quelque chose c’est comment elle est exécutée. Voilà ce qui m’occupe cet été. Tester sans rien publier. Apprendre, comprendre, échanger et consigner tout ça. Surveiller mon Moleskine du coin de l’oeil et exploiter au mieux ce que j’y mets. Voir ce qui fait sens, ou pas. Et puis, plus tard, observer si quelque chose devient une évidence suffisante, pour tenir dans le temps.

Vous le savez peut-être, je viens du spectacle vivant. J’ai donc l’habitude de faire des propositions au public. À lui, ensuite, d’en disposer comme bon lui semble. Dans l’interview que j’ai accordé à Luc Faucher, je disais que rassembler mon travail serait mon sujet de 2021. Pour l’instant, je n’ai pas réussi à m’y tenir. Je le regrette, car je veux faire progresser Le Mégaphone qui m’a apporté tant de satisfaction. En attendant, les pensées s’accumulent pour lui donner une identité à longue échéance. Certaines viennent de moi, d’autres non. L’envie de ressortir et de me confronter à la rue n’est pas à l’ordre du jour, mais ce n’est pas grave. Une idée ça doit mûrir pour retrouver le chemin de l’enthousiasme, voire de la grandeur.

PS : Merci à Ernesto Timor pour cette photo qui fonctionne comme un écrin pour mon texte.

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Je suis Dimitri Régnier, producteur d’émotions. Je fais des podcasts, une newsletter et un blog. Si vous appréciez ce travail, merci de me soutenir. Les contributions, même modestes, sont une réelle motivation.

Crédit photo © 2021 • Ernesto Timor