Avec un tel titre, je pressens que cette série d’articles ne va pas aller de soi. Il m’a été inspiré par les mots de Marie-Laurence Raucourt entendue lors d’une présentation nommée Esquisse pour une émancipation par le son extraite de la revue universitaire Komodo 21. C’est la première fois que j’essaye d’approfondir ma réflexion sur un terrain plus théorique. Soyez indulgent.

Le monde tel qu’il va et le monde tel qu’on le souhaite

Autodidacte, issu de la scène indépendante, je vais tenter de répondre modestement à cette question. Quelle place va prendre le son au sein de l’espace social médiatique ? (Rien que ça.)

Le terme de podcast (même si je ne l’aime pas beaucoup) recouvre une réalité qui me permet d’exprimer un point de vue singulier pour discuter avec des gens de radio, d’expliquer que l’explosion relative et l’uniformisation du podcast n’a pas éteint le désir de belle radio, au contraire.

La pratique amateur du son est en train de construire une génération d’auditeurs. La parole se démocratise et les oreilles s’éduquent. Malgré cela, les professionnels de la radio ont encore tendance à mépriser les indépendants. Il suffit d’observer la place qui leur est réservée dans les palmarès du Paris Podcast Festival ou de Longueur d’ondes.

Depuis une poignée d’années, les médias ont préempté le phénomène podcast s’estimant, sans doute, plus légitime. Pour eux, ce n’est qu’un mode de diffusion. Du replay radio en sommes. Ils ont tort. Ne serait-ce qu’au regard des travaux de pionniers comme ARTE Radio depuis plus de 20 ans.

Pour l’anecdote, j’ai encore les mots de Sylvain Gire (patron d’ARTE Radio) s’adressant à un parterre de 300 amateurs (dont moi) au Premier Paris Podcast Festival de 2018 : “Je suis fier et ému, car je n’aurai jamais imaginé engendrer autant d’enfants” (un truc comme ça, mais je digresse).

Oui, sur le plan technique, faire un podcast en partant de zéro, c’est simple. Un smartphone, une connexion internet, trois rouleaux de PQ et en 2h c’est réglé. (véridique). On voit d’où vient le mépris. Afin de distinguer le replay du podcast, les médias lui ont accolé le terme natif, une pointe d’ostracisme en direction des producteurs de cuisine face à des professionnels sérieux. (Je sais de quoi je parle).

Ils ignorent (ou feignent d’ignorer), que la consommation de radio a changé. Comme pour la télévision, une partie du public (plus jeune) est ailleurs. Pour l’heure, c’est moins spectaculaire que pour YouTube ou Twitch, car difficilement quantifiable, mais l’audio parlé n’échappera pas au web. Je l’ai moi-même constaté.

Le podcast est en train de fabriquer une génération d’auteur/producteur/diffuseur. Des personnes qui ne se contentent plus de consommer du son, mais qui peuvent en émettre. L’évolution technologique le leur permet et va continuer à le faire.

L’exemple ci-dessus est éloquent. J’en ai interviewé des dizaines. Toutes et tous ont utilisé ce canal comme un instrument d’émancipation individuel, en interrogeant les autres et par la même, leur place dans la communauté humaine.

Le média podcast est encore jeune. Par la diversité des voix qui le fabrique, il relaie l’état du monde. J’ai hâte d’observer l’évolution de la création sonore en ligne. Comment elle va proposer d’autres récits, d’autres imaginaires. Une fois la marchandisation du podcast caduc, comme les radios libres à leur époque, j’ai l’intuition que l’audio ne se contentera plus de dire le monde tel qu’il est, mais qu’il accompagnera le désir profond de mutation que traverse notre société. Il nous aidera à inventer le monde tel qu’on l’on souhaite.

À suivre...

Je suis Dimitri Régnier, producteur d’émotions. Je fais des podcasts, une newsletter et un blog. Si vous appréciez ce travail, merci de me soutenir. Les contributions, même modestes, sont une réelle motivation.

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